18 Aug 2017

title pic Relisez la préface du livre « Vers une santé totale » de Jean Marc Governatori rédigée par Bérengère Arnal

Posté par Bérengère Arnal le 7 juillet 2010

PréfaceBérangère ARNAL-SCHNEBELEN, docteur en médecine, 2007

Rédiger la préface d’un ouvrage consacré à la défense des médecines non conventionnelles, et à travers elles, à la promotion de la santé totale, constitue pour un médecin, le témoignage d’un engagement « œcuménique » en faveur d’une approche décloisonnée des problèmes de santé. Au-delà des échanges verbaux dénués d’aménité et des sommations de justice, nous voudrions participer ainsi à un élargissement et à un apaisement des esprits dans ce monde si riche des médecines différentes, en y incluant aussi bien la médecine académique officielle que toutes ces pratiques et ces médecines souvent venues d’ailleurs et qui ne bénéficient pas encore d’une reconnaissance académique suffisante.

Ces dernières ont été longtemps rejetées dans les limbes du savoir, accusées de tous les maux, de toutes les malhonnêtetés, de tous les dangers. Elles représentent encore aujourd’hui un ensemble assez hétérogène et difficile à cataloguer. Certains parlent ainsi de médecines naturelles, douces, d’autres de médecines différentes, alternatives ou complémentaires. Nous adopterons la terminologie officielle européenne, de médecines « non conventionnelles », à laquelle nous ajouterons l’adjectif « complémentaires ». En effet, toutes les thérapeutiques autres que l’allopathie peuvent être employées en complément de celle-ci, parfois pour en diminuer les doses ou les temps de prescription, d’autres fois pour en limiter les effets secondaires. Dans d’autres cas, elles peuvent se substituer à la médecine conventionnelle.

En 1982, le Professeur Pierre Cornillot, alors doyen et fondateur de la Faculté Santé, Médecine et Biologie humaine de Bobigny, crée le département universitaire des médecines naturelles, le DUMENAT, au sein de la faculté de médecine Paris 13, à l’indignation d’un grand nombre de ses confrères des autres facultés. Sont ainsi enseignées à partir de cette époque, de manière officielle et donnant droit à la délivrance d’un diplôme universitaire, l’acupuncture, l’auriculothérapie, l’homéopathie, l’ostéopathie, la mésothérapie, la naturothérapie, la phytothérapie. Ce département au sein d’une faculté de médecine est une entité unique au monde. 25 ans plus tard, malgré des passages difficiles, il existe toujours et se trouve aujourd’hui coordonné par le Professeur Antoine Lazarus. Ce dernier travaille avec les responsables de chaque discipline à harmoniser le département afin de promouvoir, renforcer, crédibiliser l’enseignement ainsi que l’information scientifique et la communication auprès des confrères allopathes.

Certains de ces enseignements s’ouvrent aux non-médecins, mais restent limités à certaines catégories de professionnels de santé.

Une exception toutefois : le diplôme universitaire de conseil et information de phytothérapie est ouvert à tous ceux désirant se former à cette discipline, non pas dans un but de prescription mais comme son nom l’indique, dans le souci de mieux conseiller, mieux informer.

Les médecins qui pratiquent les médecines complémentaires sont conscients de la nécessité de la prise en charge globale, psychique et physique, de leurs patients, de l’importance de la nutrition dans le maintien de la santé et dans les processus de guérison ainsi que de l’impact de l’environnement sur le développement de certaines pathologies.

Une solidarité existe entre nous, tant pour aider ceux qui sont régulièrement attaqués par le Conseil de l’Ordre des Médecins, souvent sur dénonciation calomnieuse de leurs confrères, que pour nous informer rapidement via le net, d’une publication scientifique, des vertus thérapeutiques d’une plante ou d’un remède homéopathique, d’un vécu ou d’un problème médical avec un patient. Nous sommes souvent plus à même que nos confrères allopathes de prendre le temps de recueillir les confidences de nos patients sur leurs pratiques de santé, de les entendre avec attention et de les encourager. Ceci nous permet aussi parfois d’éviter quelques catastrophes.

C’est dans le cadre de nos pratiques quotidiennes que nous sommes souvent conduits à constater que certains thérapeutes non-médecins ont par leur rigueur, leurs connaissances et leur sérieux des résultats au moins aussi bons et parfois meilleurs que certains médecins allopathes… Sans doute il en a été toujours ainsi  et il en sera de même encore longtemps.

C’est ce type de constat qui nous amène à penser qu’il y a nécess  ité à reconnaître et à officialiser ces pratiques mises en œuvre par des non-médecins, comme cela a été fait dans d’autres pays d’Europe, d’en définir les limites et de faire cohabiter de façon intelligente et tolérante pour le bien-être des patients et aussi pour leur sécurité, les médecines conventionnelles et non-conventionnelles. Car ces patients,de toute façon continueront à se faire soigner par des non-médecins sans forcément en informer leur médecin référent !

L’officialisation de certaines pratiques passerait sûrement par la mise en place d’enseignements diplômants qui uniformiseraient les formations, garantiraient la compétence des thérapeutes et proposeraient la poursuite d’une formation continue régulière et obligatoire. C’est aux pouvoirs publics que revient la responsabilité de définir les règles de leur reconnaissance et de leur évaluation, sans se laisser influencer par les lobbies qui prétendent régenter la médecine.

Le Parlement Européen, nous rappelle l’auteur, a reconnu prioritairement huit disciplines, laissant une ouverture à la reconnaissance d’autres types de thérapeutiques. Il s’agit de la phytothérapie, de l’homéopathie, de la médecine traditionnelle chinoise dont l’acupuncture, de la médecine anthroposophique (pourtant bien attaquée en France), de l’ostéopathie, de la chiropratique et du shiatsu. Les Français ont souvent fait la preuve de leur retard en matière de santé…

L’auteur a souhaité qu’un médecin femme, défenseur des médecines non conventionnelles préface cet ouvrage. C’est en tant que médecin gynécologue-obstétricien, phytothérapeute, pratiquant l’homéopathie, fervente adepte des travaux sur la nutrition des Docteurs Catherine Kousmine, Jean Seignalet, des Professeurs Michel Massol, Henri Joyeux, passionnée par la psychanalyse et la psychosomatique, que je rédige ces quelques lignes en pensant à mon maître, le Professeur Pierre Cornillot, auquel je souhaite rendre ici hommage.

Sans lui, sans son action durant toutes ces années, au niveau national et européen, les médecines non-conventionnelles n’auraient pas la place qu’elles occupent aujourd’hui, même si celle-ci est encore insuffisante de manière évidente. Il nous accompagne par sa présence rare mais précieuse, par ses écrits réguliers, par sa pensée éminemment pertinente.

A nous ses élèves, médecins et non-médecins, de poursuivre son combat à ses côtés, dans l’union.

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