21 Aug 2017

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Posté par Bérengère Arnal le 19 mars 2010

Mon engagement pour les femmes est indéniablement lié à l’histoire des femmes de ma famille.
Solange ma grand-mère maternelle, 24 ans, meurt d’une hémorragie gastrique, suite à la prise de sels d’or ou d’une hémorragie génitale faisant suite à un avortement (le secret ne sera jamais dévoilé), laissant ma mère, C. cinq mois et sa sœur A. quatre ans ; mon grand-père maternel, Pierre, mourant quelques mois plus tard dans un accident de voiture, les petites filles seront élevées dans un orphelinat de l’armée dans des conditions affectives que l’on peut imaginer.
Mon arrière-grand-mère maternelle, Juliette, s’était jetée en hiver, dans la Seine au même âge, laissant Solange un an et sa sœur S. quatre ans. L’histoire dit que très déprimée par un mariage difficile avec un homme -alcoolique, violent- parti à la guerre de 14, elle n’avait plus ses règles, qu’elle avait imaginé le pire et que de désespoir, elle avait mis fin à ses jours.
Les drames se répétaient…

Simone, ma grand-mère paternelle, disparaît à 55 ans, un an avant ma naissance, d’un cancer du sein qu’elle n’a jamais voulu faire opérer, sa fin de vie sera terrible. Elle avait dit-on, été remarquablement accompagnée et prolongée -mais pas guérie- par un médecin homéopathe de renom, le Dr Jacques Deniau. Visionnaire, il publie un livre « Conseils homéopathiques » en 1964, donnant des conseils de santé globale, parlant de régime de vie, de diététique, de gymnastique… www.fangpo1.com/HomeoDeniau.pdf. Il m’a suivie enfant.

Mon père issu d’une famille bourgeoise, mais hors cadre -il le restera toute savie- épouse ma mère car enceinte de moi. C’était une belle jeune femme bohême, très Saint-Germain des Prés, en pantalons de velours, les cheveux dénoués jusqu’aux fesses, exprimant ses révoltes, sa culture et sa grande intelligence. Tous deux, puis très longtemps mon père (plus de vingt ans) sont en analyse avec Jacques Lacan.
Mon enfance et mon adolescence baignent dans une atmosphère inhabituelle où se construit certainement le regard que médecin, je vais poser sur la santé et plus particulièrement sur la santé des femmes.
La psychanalyse omniprésente, parfois pesante et imposant de lourds sacrifices financiers à la famille, mais fascinante, l’homéopathie avec Jacques Deniau, notre médecin de famille, puis avec mon grand ami Albert-Claude Quemoun, l’érudit pharmacien de notre quartier du faubourg Saint-Antoine, la fréquentation par ma mère des boutiques « de régime » comme on les appelait alors, sont autant d’éléments inscrits en moi comme des évidences de vie.
Une éducation assez anticonformiste doublée d’une scolarité durant laquelle je dois me positionner, avec parfois quelques difficultés émotionnelles, comme étant la plus jeune, donc différente, plus de deux ans d’écart avec certains élèves, m’ont permis de développer et conforter une capacité à penser et m’exprimer parfois différemment de la « bonne norme ».
Lorsque le moment vient de poser ma plaque de médecin, comme spécialiste en gynécologie-obstétrique, le hasard veut que ce soit un médecin, homéopathe et acupuncteur, Luc B., qui me propose de m’installer à ses côtés. Très vite, je prends conscience que je ne pourrai pas pratiquer toute ma vie de manière répétitive et monotone, cette seule médecine qu’on m’avait enseignée à la faculté et ne savoir prescrire dans le cadre de ma spécialité que des pilules, hormones ou antibiotiques aux patientes venant m’exposer leurs problèmes de… femmes.
Comment pratiquer une médecine plus globale même en tant que spécialiste ? Quels éléments de prévention proposer en vue d’une santé durable ? Quel intérêt accorder aux médecines alternatives et complémentaires : dans le cadre d’une médecine préventive, d’une médecine des petits maux du quotidien, et en réservant l’allopathie si performante dans sa technicité aux pathologies lourdes et à celles de l’urgence ? Quelle place leur donner : en remplacement, en association ou en complément de l’allopathie pour en limiter les effets secondaires ?
Tout au long de ces années, je me suis formée en homéopathie et en phytothérapie, puis en nutrithérapie et nutrition, un peu en acupuncture, davantage par ma pratique quotidienne et avec l’aide de confrères et d’ouvrages spécialisés que dans des formations diplômantes. Parallèlement, je suis devenue sophrologue, j’ai suivi le cursus de quatre ans de gynécologie psychosomatique, je me suis intéressée personnellement à l’hypnose éricksonienne, à l’EMDR et j’ai commencé à recevoir quelques patientes en psychothérapie.
Après la publication de mon premier article sur la phytothérapie en gynécologie, en 1994 dans Vous et Votre Santé, journal dédié aux médecines alternatives, j’ai fait la rencontre du Pr Pierre Cornillot, qui assure toujours une rubrique mensuelle sur sa position par rapport aux évènements de l’actualité dans ce journal devenu depuis Votre Santé (www.votresante.org). Le Pr Cornillot est le « doyen fondateur de la Faculté de médecine de Bobigny, Paris 13. Il a créé en 1982, une structure toujours unique au monde, le DUMENAT, Département universitaire des médecines naturelles, au sein de la Faculté.

Il me demande de donner le cours de gynécologie dans le cadre du Diplôme Universitaire de phytothérapie. Puis en 1997, il me confie la responsabilité de l’enseignement, responsabilité que j’assumerai jusqu’en 2012. Il me permet aussitôt de créer un enseignement de Conseil et Information en phytothérapie, tout à fait original, puisqu’ouvert à des non-médecins dans une faculté de médecine. Le diplôme d’herboristerie ayant été supprimé en 1941, il me tenait à cœur de proposer à des personnes appartenant au milieu para-médical ou travaillant dans des boutiques de diététique et de produits naturels, un enseignement officiel de la phytothérapie, structuré et scientifique.
En 1999, je propose au Pr Cornillot de fonder l’AMPP, Association Médicale pour la Promotion de la Phytothérapie (www.ampphy.com) dans le but d’une part de prolonger l’enseignement de phytothérapie du DUMENAT et d’autre part d’informer le grand public et les professionnels de santé de l’intérêt de cette pratique thérapeutique dans une vision plus globale de la santé, à la fois comme outil de prévention et comme médecine complémentaire de l’allopathie. C’est ainsi qu’aidée par les bénévoles de l’association, j’ai pu notamment organiser à Bordeaux, 53 conférences sur les médecines naturelles et à Paris, 22 grandes journées à thème. La revue Phytothérapie des Editions Springer, référencée dans de nombreux moteurs de recherche, est devenue l’organe officiel de l’AMPP (www.springer.com/medicine/journal/10298). Je me suis libérée de ma fonction au bureau de l’AMPP en 2012.
En 2007, le Pr Cornillot devient Président d’honneur d’Au sein des femmes, association que je crée avec des patientes atteintes de cancer du sein. Au sein des femmes a pour vocation de sensibiliser les femmes et les hommes à la prévention du cancer du sein mais également à l’accompagnement par les médecines alternatives et complémentaires. Elle mobilise toutes les femmes, atteintes ou non par le cancer du sein, en défendant un concept global de santé autour de la prévention par la nutrition, l’information contre l’excès de prise d’hormones de synthèse tout au long de la vie des femmes et la lutte contre les molécules de l’environnement appelées perturbateurs endocriniens ; autour de l’accompagnement des thérapeutiques du cancer par les médecines non conventionnelles et autour de méthodes structurantes comme la sophrologie, les groupes de parole, les ateliers de relaxation et de chant, de cuisine-santé… autant de conseils pour se réapproprier son corps après les effets de la chirurgie et des traitements lourds que sont la chimiothérapie et la radiothérapie et pour participer à la lutte contre les récidives et les métastases. (www.auseindesfemmes.com). Au sein des femmes existe depuis au Japon, en Belgique, en Algérie et est jumelée avec deux associations marocaines et une association tunisienne.
Des articles dans la presse grand public ou plus spécialisée, des ouvrages professionnels et pour le grand public, les sites des deux associations ont été des espaces d’expression depuis 1994. Il ne manquait que le blog pour informer, dialoguer, partager autour des problèmes des femmes, de l’intérêt des médecines alternatives et complémentaires, de la nécessité d’aborder la santé de manière globale pour espérer aboutir à une santé durable.

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